Édito

Cette année, l’association Féron’Arts a tout juste 30 ans. Ce n’est pas rien. Une génération.

Imaginez : les bébés Féron’Arts d’hier sont devenus les bénévoles d’aujourd’hui. Bénévoles d’ici ou d'ailleurs, car, bien sûr, ils ne sont pas tous restés... et d’autres sont venus... mais les graines de l’esprit de bénévolat, d’où qu’elles viennent, ont l’art de se disséminer à tout vent, d'essaimer tous azimuts, venant renforcer les rangs interconnectés du monde associatif.

En effet, le bénévole est rare mais tenace. Où qu’il aille, il a tendance à se regrouper, à s’assembler, à construire du collectif, à partager du projet, à transformer l’individu en société et la société en humanité, à monter pièce après pièce, à la force du poignet, de l’associatif pour le métamorphoser en Monde.

Le monde associatif c’est la dernière digue. Contre la solitude, le repli sur soi, l’ignorance de l’autre et les amalgames. Une digue pour tenir bon contre la folie du présent et l’angoisse de l’avenir, mais aussi une digue comme un pont entêté et pugnace entre les générations, les genres, les classes sociales, les intelligences et les tempéraments.

C’est le premier ciment, l’union des contraires et de l'altérité, le lieu de toutes les rencontres improbables, des confrontations qui font grandir et des mains qui rendent plus forts lorsqu’elles sont tendues, des sourires et des rires que l’on partage, un verre à la main.

Faire partie d’une association, c’est habiter le monde autrement, c’est trouver ce qu’on ne cherchait pas, c’est tisser ensemble la trame d’un territoire rêvé, c’est résister aux doutes et à la résignation, c’est voir dans tous les colibris la force de la multitude, c’est croire qu’ici et maintenant peut faire bouger les lignes.

Juste donner un coup de main... et chacun de ces coups de main devient un levier.

C’est pour cela que chaque association est précieuse, quelque soit ce qu’elle vise ou ce pour quoi elle lutte car c’est surtout une certaine idée du Vivre ensemble que chacune d’elle défend.

Voilà 30 ans que nous oeuvrons à notre échelle pour l’accès à la Culture en ruralité... mais pas que. Nous défendons le spectacle vivant et le droit des petites compagnies à vivre dignement de leur travail tout en se libérant du temps et de l’espace pour créer, celui également des artistes, artisans d’art et des producteurs locaux à pouvoir continuer à créer du beau et du bon et à être reconnus comme tel. Le droit du Public à penser autrement et à faire des choix. Nous croyons à l’art et à la Culture non pas comme des fins en soi mais comme des médias, des tisseurs de lien, des bâtisseurs d’intelligence collective, de magnifiques alibis pour l’accueil, une force capable d’arrêter et de questionner, pour quelques instants, la course du monde, le temps d’ouvrir grand les yeux sur sa Beauté... Et nous les destinons au plus grand nombre.

Nous pensons que notre capacité à nous émerveiller ensemble est un rempart puissant avant le précipice.

Nous avons foi dans ces digues, ces ciments, ces remparts que forment nos individualités rassemblées. Nous sommes une association, additionnée à toutes les autres. Et nous ne flancherons pas.

Soyez fous : venez tenir bon avec nous !